Épisode 5 (extrait)

Résumé de l’épisode

Les renégats veulent adopter Nori et Arinou et, bizarrement, ceux-ci semblent d’accord, alors que leurs parents sont malades et qu’ils comptent sur eux pour trouver les Gardiens qui pourraient les guérir. L’abomination qu’est l’emprise mentale d’un humain sur un autre serait-elle en cause ? Méi et Stur vont-ils succomber à leur tour ?

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— Stur, Stur, réveille-toi, tu fais un cauchemar ! Arrête de crier. Cesse de te débattre.

Le garçon revint brusquement à la réalité. Il était assis sur la couche. Méi lui agrippait un poignet d’une main et se frottait la joue de l’autre. Sa pommette à lui irradiait d’une douleur sourde et était gonflée au point qu’il la voyait du coin de l’œil. Absurdement, il pensa : « J’ai raison ! Ce n’était pas la main de maman, elle ne m’aurait jamais fait mal comme ça ! »

« Qu’est-ce que tu racontes ? » s’étonna Méi.

« N’entre pas dans ma tête ! N’entre pas dans ma tête ! »

À sa propre stupéfaction, Stur se recroquevilla incapable de maîtriser le dégoût qui l’avait envahi. Le contact de la jeune fille était répugnant. Répugnant ? Méi ? Bien sûr que non ! Non, ce n’était pas elle, c’était…

— Oh Stur, je suis désolée, j’ai cru que tu t’adressais à moi.

— Méi, la coupa le garçon, sans s’occuper de ce qu’elle disait, c’est Saelli ! Elle est entrée dans ma tête. Elle veut que je lui obéisse.

— Voyons, Stur, c’est impossible ! Tu as fait un mauvais rêve, c’est tout.

— Non, non, je t’assure, je ne rêvais pas… enfin si, mais pas vraiment. C’est Saelli qui était en train de m’hypnotiser. Dans ma tête, je te dis !

Il s’interrompit sentant monter l’affolement. Ce n’était pas le moment. Il devait réfléchir.

— Elle ne dort pas, souffla Méi. Je ne la perçois pas du tout ce qui signifie que sa crête est entièrement repliée.

— Tu me crois alors ?

— Non ! Enfin… je ne sais pas. Cela expliquerait Nori…

— Nori ? Oui Méi, ça ne peut être que ça ! Je t’en prie, il faut que tu me croies.

— Il ne s’agit pas de croire, il faut être absolument sûr. Je ne peux pas aller regarder dans la tête de Nori sans son accord, si je ne suis pas certaine d’y trouver la trace de Saelli.

La jeune fille faisait référence à la Deuxième Règle des Télépathes : ne pas pénétrer l’esprit d’un autre humain sans son accord. Enfreindre cet interdit pouvait être aussi grave que de bafouer la Première Règle, mais certaines circonstances l’autorisaient. Par exemple, si c’était pour venir en aide à l’humain sondé par télépathie, et que celui-ci n’était pas capable d’ouvrir son esprit. Normalement, cela se faisait pour comprendre de quoi souffraient des accidentés qui ne pouvaient pas s’exprimer ou des personnes qui tenaient des propos incohérents. Dans le cas de Norianin, s’il était sous l’emprise de la femme, Méi pourrait considérer que ce n’était pas de sa propre volonté qu’il s’opposait à son contact. Mais d’un autre côté, aussi improbable que cela paraisse, le petit garçon refusait peut-être de communiquer par peur de se laisser convaincre de quitter l’abri douillet des renégats.

« Va dans ma tête à moi, alors. Je t’autorise à aller regarder », émit Sturanan avec douceur. En même temps qu’il disait cela, la jeune télépathe sentit qu’il essayait de refouler une vague de dégoût. « Non, dit Stur, garde le contact. Tu m’entends là, tu n’es pas partie ? »

« Oui, je suis là. Ce n’est pas normal cette répugnance… Je pense qu’il n’est pas besoin que je continue : elle prouve que quelqu’un t’a forcé à un contact. »

« Ne pars pas. Je veux te faire partager mon soi-disant rêve et si tu as besoin va voir plus profond. »

Alors, Méitalinoé plongea avec délicatesse dans l’esprit de son ami cherchant à suivre les mentalondes qui avaient construit les images du « cauchemar ». C’était la première fois qu’elle essayait de démêler un tel écheveau, mais elle se rendit compte très vite que, quel que soit le… goût de chaque fil, il contenait la saveur spécifique de toutes les ondes de Stur qu’elle avait déjà captée. Sauf que, fondue dans certains d’entre eux, elle détecta une autre « épice » : la voix entendue par Stur était bien issue de souvenirs de Soulinaé, mais les paroles ne provenaient pas de l’esprit du garçon. Cette « épice » était, sans doute possible, le cœur des ondes de Saelli. Méi avait trouvé ce qu’elle cherchait. Elle s’apprêtait à quitter l’esprit de son ami quand il eut comme un sursaut, l’équivalent d’un « aïe ! ». Elle se figea. N’avait-elle pas été assez légère ? Puis elle comprit : il y avait comme une espèce de nœud, des mentalondes de Saelli empêchaient celles de Stur de se propager normalement. Elle étudia le problème un petit moment avant de se décider à y toucher. Dénouer l’amalgame se révéla aisé : une toute petite touche sur le fil intrus et ce fut comme s’il claquait puis se rétractait tout en se dissolvant dans les mentalondes de Stur, soudain plus vigoureuses. Alors l’esprit de Méi reprit son exploration à la recherche d’autres points d’ancrage. Elle en découvrit trois autres qu’elle délia facilement. Elle trouva aussi d’autres nœuds, mais Saelli n’y apparaissait pas. Du moins pas son « épice », car dans l’un d’eux elle sentit que là se trouvait la nouvelle appréhension de Stur aux contacts télépathiques. Devait-elle essayer de dissoudre ce renflement aussi ? Non, c’était à Stur d’en décider, elle n’avait pas son autorisation pour toucher aux nœuds représentant des problèmes psychiques engendrés par lui-même.

— Tu as été longue dis donc, mais je n’ai rien senti, s’exclama l’adolescent quand il vit Méi se détendre et le regarder.

— J’ai essayé d’être la plus douce possible. Tu n’as même pas senti quand j’ai palpé le premier nœud ?

— Un nœud ? Non tu ne m’as pas fait mal du tout… enfin j’étais mal à l’aise, mais sans plus. J’espère que tu n’as pas trouvé tous mes secrets ? essaya-t-il de plaisanter.

— Je t’assure que j’ai réussi à ne suivre que les souvenirs dus à Saelli. Pour le reste, j’ai vu plein de fils, de cordes, de trucs tissés qui vont dans tous les sens et sont tout emmêlés, mais je n’ai pas cherché à traduire ce que ça signifiait. Tu veux que je te montre un peu ? Comme ça, tu sauras aussi ce que j’ai trouvé.

Stur fit un effort avant d’arriver à émettre :

« D’accord. »

La première chose que rencontra Méi dans l’esprit de Norianin ce fut un amalgame compact de mentalondes qui essayait vainement de faire obstacle aux siennes. La jeune fille rompit le contact, révulsée à l’idée de forcer ce barrage.

Stur la berça un long moment dans ses bras avant qu’elle arrive à trouver le courage de passer outre le désir désespéré et impuissant de l’esprit de l’enfant à ne pas être envahi. La colère aussi l’aida à le faire : pendant que l’esprit de Norianin souffrait d’être soumis à sa volonté, Saelli s’était tranquillement endormie. Méi avait envie de lui hurler sa rage par télépathie, rien que pour voir si la femme réussirait à la dominer elle aussi, à la faire taire.

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