Épisode 3 (extrait)

Résumé de l’épisode

Stur, Méi, Nori et Arinou sont en route pour un camp de chasse dans les montagnes où ils espèrent pouvoir passer l’hiver, et, surtout, trouver les Gardiens.
Pour l’instant, il s’agit de transborder bagages et traîneaux d’un bord à l’autre de la Faille des Vents, grâce à l’unique passerelle qui enjambe l’immense canyon. Défiant la tourmente et les fissures qui s’élargissent sous l’effet du gel, Méi et Stur entament leur troisième traversée. La jeune fille en oublie de surveiller télépathiquement Nori et Arinou qui cherchent du bois sec dans la forêt.

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Tandis que les adolescents transportaient les bagages de part et d’autre de la Faille des Vents, Norianin et Arinou découvrirent une clairière herbue, idéale pour établir un camp. Située en contrebas du sommet du canyon, seules les cimes des grands arbres qui l’encerclaient s’agitaient sous les courants d’air. De ce côté-ci du gouffre, la forêt reprenait ses droits à moins de deux cents pas du bord.

Les enfants construisirent un cercle de pierre pour délimiter un foyer. Ensuite, ils allèrent chercher les deux premiers paquetages que leurs aînés avaient déposés dans les taillis hors de la zone de grand balayage venteux. Ils y prirent les hachettes et partirent ramasser du bois. Norianin suggéra de fagoter dans les alentours immédiats du pont, ce qui leur permettrait de voir où en étaient Stur et Méi.

Ils fouillèrent un moment les buissons, choisissant les branchettes les plus grosses, puis débouchèrent en lisière des taillis à une centaine de pas en aval de la passerelle. Là-bas, sur l’autre bord de la Faille, les grands s’affairaient près des traîneaux. Le vent autour des deux enfants était plus joueur qu’enragé, mais les mugissements qui montaient de la Faille étaient toujours aussi impressionnants.

Norianin et Arinou se serrèrent l’un contre l’autre pour écouter, fascinés. Ils sursautaient quand des craquements en cascade de pierres en train de se fendre s’ajoutaient aux hurlements de l’abîme.

La main gantée de la fillette saisit brusquement la manche du garçon. Norianin crut que sa petite sœur demandait à être rassurée, mais, bien que ses yeux soient agrandis d’inquiétude, c’était pour attirer son attention. Elle désignait le pont de sa main libre et dit quelque chose. Norianin ne comprit pas ses paroles trop hachées par les rafales. Il regarda la passerelle : Stur et Méi s’y engageaient à quatre pattes, ils traînaient chacun un gros sac et ne semblaient pas du tout être en difficulté. Mais Ari insistait et il réalisa que ce qu’elle montrait était plus à gauche, de leur côté de l’abîme.

Soudain il vit !

La base du promontoire était au centre de crevasses qui dessinaient des demi-cercles grossiers. Les fissures les plus longues et larges entouraient l’avancée rocheuse à une bonne trentaine de pas du début de la passerelle. De près, le sol était trop chaotique pour s’apercevoir de la disposition concentrique des failles, mais, de là où les enfants se trouvaient, il était évident que tout le pan de falaise qui soutenait la demi-arche menaçait de se détacher.

Ari le força à pencher la tête vers elle pour lui crier dans la capuche :

— Les trous s’agrandissent ! Je l’ai vu.

Norianin sentit l’affolement le gagner.

Il s’efforça au calme : ces cassures devaient être là depuis des années, bien sûr qu’elles s’élargissaient un peu de temps en temps, surtout à la période des premiers gels. L’image de Méi en train de sauter à pieds joints pour montrer la solidité du pont lui vint à l’esprit, suivie de lui-même plié en deux par le vent, mais bondissant par-dessus les anfractuosités pour s’abriter rapidement dans les fourrés.

À ce moment-là, un autre gros craquement de la pierre couvrit les rugissements du vent. Le garçonnet vit nettement se dilater une des plus grosses fissures qu’il scrutait. Pire, elle s’allongea en zigzag de plusieurs mains. Tout de suite après les entrailles du sol rugirent sourdement, plusieurs rochers et tas de pierrailles s’éboulèrent. Ce n’était pas le gel ! Ou du moins, ce n’était plus le gel qui produisait ça.

Norianin blêmit. Pourtant il ne perdit pas son sang-froid. Il voulut d’abord prévenir Méi par l’esprit, mais elle ne répondit pas, sa crête devait être entièrement repliée. Alors, il poussa Ari vers les taillis.

— Va au camp, lui hurla-t-il. Je vais chercher Stur et Méi.

Il pensa qu’il était dangereux que sa sœur reste seule en forêt.

Mais il était encore plus dangereux de l’emmener.

Il s’élança dans la zone ventée, espérant y courir plus vite qu’au milieu des buissons. De nouveaux grondements souterrains dominaient le tapage venteux.

Sur la passerelle, Stur et Méi, traînant leur chargement à quatre pattes, arrivaient au vide. Ils redressèrent la tête pour fixer la forêt et diminuer l’effet de l’horrible tangage. Stupéfaits, ils virent Norianin qui courait, longeant l’abri des fourrés. L’enfant chancelait sous les bourrasques, il regardait dans leur direction et agitait les bras. Il trébucha, tomba de tout son long. Il se releva aussitôt, continua sa course en faisant de grands signes et obliquant vers eux.

Stur et Méi durent faire un gros effort pour ne pas se dresser sur la passerelle ballottante et se précipiter. Il était évident que Nori leur disait de se dépêcher et jamais le garçonnet n’exigerait cela en un tel moment si l’urgence n’était pas avérée. Le cœur paniqué, mais les gestes assurés, ils abandonnèrent les sacs et les couvertures pour pouvoir aller plus vite. Le petit garçon s’arrêta : il avait compris que Stur et Méi l’avaient vu. Il continua pourtant de hurler muettement et de leur faire signe de se presser. Stur atteignit la pierre. Obéissant à son frère, il se précipita à quatre pattes aussi vite que la corde qui coulissait le lui permettait. Méi dépassa le vide à son tour.

La passerelle et le promontoire en dessous d’elle s’affaissèrent brusquement. Elle se figea, crut qu’elle avait rêvé, que c’était le contraste entre le tangage et la stabilité du sol. Puis, alors qu’un autre soubresaut de la pierre la plaquait brutalement aux rondins, elle comprit.

Stur s’était retourné vers elle. Il dénouait fébrilement la corde autour de sa taille. Norianin les fixait l’air désespéré. L’adolescente leur fit signe de partir. Tout en luttant contre le vent, elle essaya de dompter ses doigts tremblants et engourdis par le froid pour défaire plus vite sa propre attache. Elle y parvint enfin. Elle se redressa et, malgré les rafales, se mit à marcher, pliée en deux mais faisant de grands pas. Nori avait reculé jusqu’aux fourrés, mais Stur attendit qu’elle l’ait rejoint à la base du promontoire avant de s’élancer vers la forêt.

Ils coururent…

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